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Truffaut, une famille à la main verte / Isabelle Couet
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Truffaut, enseigne de jardinerie bicentenaire, a connu un essor important pendant la période du Covid, lorsque les Français se sont massivement tournés vers les plantes. Depuis, le secteur fait face à de nombreux défis : météo capricieuse, crise du pouvoir d'achat, inflation énergétique, ralentissement de l'immobilier et concurrence accrue, notamment des grandes surfaces de bricolage qui réalisent un chiffre d'affaires au mètre carré plus de trois fois supérieur à celui des jardineries (moins de 1 000 euros/m pour ces dernières). En 2024, Truffaut a vu son chiffre d'affaires baisser pour la troisième année consécutive, s'établissant à un peu plus de 400 millions d'euros, dans un marché de la jardinerie estimé à environ 8 milliards d'euros, en recul de 4% selon la Fédération des jardineries et animaleries de France.
Truffaut, dirigé par Sébastien Attina, a néanmoins renoué avec les profits, mais doit faire face à des coûts élevés (serres, arrosage, climatisation) et à un environnement réglementaire contraignant. L'entreprise, fondée en 1824 à Versailles par Charles Truffaut, s'est adaptée au fil des décennies : diversification dans la production de plants de fleurs, innovation avec la Reine-Marguerite pyramidale, lancement d'un catalogue de vente par correspondance dès 1926, et implication dans l'effort alimentaire pendant la Première Guerre mondiale. La marque a été rachetée en 1990 par le groupe Louis Delhaize, détenu par la famille Bouriez.
Aujourd'hui, Truffaut se structure autour de trois activités : le jardin (50% du chiffre d'affaires), l'animalerie (25%) et la maison (25%). Le segment animalerie, notamment l'alimentation et les accessoires, a progressé de 3% en 2024 et devrait atteindre 7,5 milliards d'euros d'ici 2027 selon Xerfi. Truffaut a lancé ses propres marques (Truffy, Empreintes) et relocalisé en France ses fournisseurs de pet food, auparavant en Europe de l'Est. Dans le jardin, 75% de la production est française et les fournisseurs sont situés dans un rayon de moins de 200 km autour des magasins. En 2022, Truffaut a obtenu la certification B Corp pour ses engagements sociaux, sociétaux et environnementaux.
L'enseigne adapte son offre aux évolutions du marché : développement de produits techniques adaptés au changement climatique, accent sur le conseil et les services, et élargissement de la gamme maison vers le plein air et les loisirs. Truffaut propose aussi des articles à prix accessibles pour convertir les visiteurs en clients, alors qu'environ une personne sur cinq vient uniquement pour se promener dans les magasins.
Le format des magasins périurbains de 6 000 à 8 000 m fonctionne bien, mais Truffaut a fermé en 2024 son magasin parisien de Bastille (1 200 m), quatre ans après son ouverture, et les autres points de vente parisiens (Montparnasse, Batignolles, Bercy) peinent à trouver leur modèle. Le parc compte 63 magasins, loin derrière Gamm Vert (environ 1 000) et Jardiland (près de 200), et n'a pas vocation à s'agrandir. La stratégie d'optimisation des coûts a réduit les effectifs de 2 775 à 2 150 salariés entre 2020 et 2024, ce que déplorent les syndicats FO et CGT, évoquant une augmentation de la polyvalence au détriment de l'expertise.
Truffaut valorise son histoire et son savoir-faire, notamment à travers la conservation de 15 000 photographies sur plaques de verre et la mise en avant de ses jardiniers experts, comme Pierre-Adrien Lagneau, qui partage son expertise sur les réseaux sociaux. Les axes de développement futurs incluent l'adaptation au climat, le renforcement du conseil, et l'exploration de nouveaux usages autour du plein air, tout en préservant le coeur de métier de la jardinerie.
Voir le numéro de la revue «Echos week-end (Les), 447, 31 Mai 2025»
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